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Note de lecture de Matthieu Gosztola à propos du Cheval de feu de Vladimir Maïakovski sur Poezibao


À la fin du Sacrifice de Tarkovski, « Petit Garçon » arrose un arbre mort : « Au commencement était le verbe. Pourquoi papa ? » Au commencement de ce film, le dernier du cinéaste russe, le père nourrit « Petit Garçon » avec l’eau sédimentaire du « Il était une fois » : « Il était une fois, il y a longtemps, un vieux moine dans un monastère orthodoxe. Il s’appelait Pamve. Il planta un arbre sec […] sur une montagne. À son disciple, un moine nommé Johan Kolov, Pamve dit d’arroser l’arbre chaque jour jusqu’à ce qu’il s’épanouisse. […] Chaque matin à l’aube, Johan remplissait un seau d’eau et se mettait en route. Il gravissait la montagne pour arroser le tronc sec, et chaque soir, il rentrait au monastère. Trois ans s’écoulèrent ainsi. Et un beau jour, en arrivant au sommet de la montagne, il vit son arbre couvert de fleurs ! »

C’est une tout autre histoire, tout aussi belle, qui nous est soufflée dans Le Cheval de feu, septième des neuf livres pour les enfants qu’a écrits Maïakovski, entre 1925 et 1929 : « Trois cents fois le FILS / en avait parlé au PÈRE : / —— À mesure que je grandis / un cavalier s’éveille en moi. / Papa, donne-moi un cheval ! / Faut-il y penser encore ? / Pourquoi attendre demain ? » « Il y a tant et tant de jouets / dans les rayons / du magasin. / Père et garçon s’en vont / en quête d’un poulain. / Au MAGASIN on leur dit : / —— Tout le lot est parti, / pas de cheval aujourd’hui. / L’artisan / saura vous en faire un / d’une couleur choisie. » « […] Le pinceau du peintre / vole en tous sens / et le cheval a bientôt des yeux. »

Illustré et mis en page par Lidia Popova, Le Cheval de feu (Konʹ-ogonʹ) parut en avril 1928. Imprimé en chromolithographie, son tirage était de 10000 exemplaires. Est limitée à 1500 exemplaires (précipitez-vous !) la belle* édition française que nous offrent aujourd’hui les éditions Ypsilon, avec une traduction de Jean-Baptiste Para réalisée dans le cadre du Programme Gilbert Musy du Centre de traduction littéraire de Lausanne.

Si, dans Poezibao, sont reproduites quelques pages de cet album, c’est afin de montrer à quel point « le texte et l’image forment [ici] un tout organique », ainsi que le commente Para. En effet, « le langage graphique peut combiner sur une même page le grand dessin polychrome d’un personnage, les outils ou les produits de son métier, et une vignette en bichromie qui scande le mouvement narratif. » « Chaque planche devient – conclut le traducteur – un espace vivant où se conjuguent les énergies du poème et de l’image. »

* Le texte est composé en Grotesque No. 9, Fakt et Tungsten et imprimé sur Magno natural 190 g.

— Matthieu Gosztola

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