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Note de lecture de Youness Bousenna à propos de 19 manières de regarder Wang Wei, Télérama, n°3672, 27 mai 2020.


« Traduire, c’est trahir », selon l'adage. Et celui-ci est bien cruel, car comment rendre un poème écrit en chinois classique au VIIIe siècle, sous la dynastie Tang ? Si les quatre vers du poème de Wang Wei, auteur bouddhiste qui était également peintre, parlent de choses aussi simples qu’une montagne déserte dont le silence est percé par un bruit et une lumière qui brille sur la mousse, ils ont donné lieu à des dizaines de traductions. Dans 19 Manières de regarder Wang Wei, publié ici dans sa version augmentée de 2016, l’écrivain et traducteur américain Eliot Weinberger compare et commente une trentaine de versions du poème — essentiellement anglaises, mais aussi allemandes, françaises (notamment de l'académicien François Cheng) et espagnole. Cette dernière, signée Octavio Paz, a été revue après la première édition du livre, en 1987, et l'auteur mexicain explique ses choix de traduction en postface. Pour Eliot Weinberger, cet opuscule original est surtout l’occasion d’une méditation érudite, et souvent teintée d’humour, sur la langue et l’art délicat de la traduction. S’il prévient que l'exercice exige « la dissolution de l'ego du traducteur », il s’agit surtout de « ré-imaginer le poème ». Car traduire, c’est d’abord lire : chaque lecteur, à sa manière, est donc traducteur, et puisque « aucun lecteur ne reste le même chaque lecture devient une lecture différente ». Comme disait (à peu près) Héraclite, on ne se baigne jamais deux fois dans le même poème.

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