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Note de lecture de Youness Bousenna à propos de S’ouvrent les portes de la ville de Bei Dao, Télérama, n°3979, 15 juillet 2020.


De retour d'exil, le poète exhume avec finesse le Pékin perdu de son enfance, qui vibrait au chant des coqs et tremblait sous le maoïsme.

Malheureux qui, conune Bei Dao, a dû faire un long voyage. Treize années durant, l'écrivain et poète a vagabondé entre Europe et Amérique, exilé d'une Chine où il ne pouvait plus revenir. Zhao Zhenkai — de son vrai nom - n'était pourtant pas à Pékin lorsque éclata la révolte de Tian’anmen, en 1989, mais les étudiants utilisèrent ses vers comnme slogans prodémocratie. Il ne reviendra qu'en 2001.
« J’étais étranger en mon pays natal », constate -t-il en 2010, quand paraît S'ouvrent les portes de la ville, livre qui n'est, dit-il, qu’une tentative pour « reconstruire une ville, rebâtir mon Pékin à moi ». Né en 1949, Bei Dao, qui a émergé parmi l'avant-garde littéraire désillusionéne des années 1970, tente de consoler le double chagrin qu’impose l'exil, celui du temps et de l'espace. Autrement dit : la nostalgie d’une ville perdue, Pékin, où l’on entendait jadis chanter les coqs, et celle de son enfance. Dans cette course à rebours des années, Bei Dao part à la recherche des odeurs , des sons et des images, mêlant le récit d'éveil - à la sexualité, à la mort - à une histoire familiale chamboulée par le maoïsme alors tout-puissant. C'est ainsi qu'il exhume, par petites touches délicates et pleines d'esprit, des années 1950 et 1960 aujourd'hui si lointaines. Une époque où la faim guettait et où, dans une petite trappe de la maison, l'on cachait les livres interdits par le parti.

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