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Carlos Pardo, « Poètes de la solitude », Le Monde diplomatique, août 2021


«Je suis tout entière un être littéraire », écrit Alejandra Pizarnik dans son Journal[1]). Née en 1936, celle qui deviendra une poétesse majeure est alors cette jeune fille inscrite à la faculté de journalisme de Buenos Aires qui promène son mal de vivre, ses tourments amoureux et sexuels dans les cafés et confie son infrangible angoisse non dénuée d’auto-ironie à ses cahiers intimes, dans l’attente de la publication de La Terre la plus étrangère (Ypsilon, 2015), son premier recueil. Issue d’une famille juive originaire de Russie, Pizarnik sera toujours habitée par le sentiment de la tragédie, la peur de l’échec et de la folie. Elle tente de s’imposer une autoformation au métier d’écrivain faite de la lecture des auteurs « incontournables » (le poète colombien César Vallejo, l’écrivain et critique anglais Cyril Connolly, Guillaume Apollinaire…), la composition quotidienne d’un poème, la rédaction d’une critique, les plans du roman à venir, quelques mondanités, etc. Mais comment agencer une discipline professionnelle avec le désir urgent de vivre, d’échapper à un milieu étouffant, d’être enfin une femme libre ? Ces pages dévoilent une fine et terrible lucidité sur l’écriture, le style mais aussi la place que Pizarnik pourra se voir allouée. Cédant au rêve romantique du séjour à Paris, elle est, à la veille de son départ, déchirée entre l’exaltation et la sensation d’être poussée à l’exil. Le présent volume contient la relation inédite de ses premiers mois en France où, loin des siens, elle accepte son homosexualité. Parisienne de 1960 à 1964, elle collaborera à quelques revues, traduira Antonin Artaud, Henri Michaux, Marguerite Duras et Yves Bonnefoy, rencontrera Julio Cortázar, Octavio Paz ou encore Simone de Beauvoir, dont elle tombera amoureuse. À suivre…

[1]. Trois volumes constitueront cette intégrale. Le premier, composé de neuf cahiers, concerne les années 1954-1960 (traduit par Clément Bondu, Ypsilon, Paris, 2021, 361 pages, 28 euros). Les Journaux publiés aux éditions Corti en 2010 ne couvraient que la période 1959-1971.


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