14/07/2026
Récit. « Journal III » d’Alejandra Pizarnik, par Nils C. Ahl
À mesure qu’elle s’approche de la mort, Alejandra Pizarnik (1936–1972) semble laisser vagabonder sa plume. La phrase s’indiscipline, les entrées sont irrégulières, les réflexions de travail se raréfient. Tout l’intérêt du troisième et dernier tome de ce Journal (de juillet 1964 à septembre 1972) tient à ce glissement progressif. Plus l’écrivaine argentine s’enfonce dans la mélancolie et la solitude de son appartement de la rue Montevideo, à Buenos Aires, moins son texte opère comme un miroir critique de son activité poétique. Ne restent que la fatigue, la déception, une lente dérive – que ni les livres, ni l’alcool, ni les médicaments (« Voir s’il est possible de vivre sans Daprisal ni méthamphétamines ») ne semblent pouvoir réparer.
Ce volume s’inscrit dans la vaste entreprise de traduction française de l’œuvre de Pizarnik amorcée par Ypsilon en 2012 – qui publie ici pour la première fois quelques pages inédites en français comme en espagnol. Ce sont celles de l’ultime cahier correspondant à l’année 1972, que l’éditeur historique de l’autrice argentine, le Barcelonais Lumen, avait laissées de côté jusqu’à présent, les jugeant trop intimes et trop désordonnées. En vérité, les quelques phrases et annotations – à peine des paragraphes – montrent une voix qui se brise, un chemin erratique qui disparaît entre les arbres, jusqu’à la veille de la mort (dont les causes firent débat) de l’une des plus importantes poètes latino-américaines du XXe siècle.